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CLAÉ TOULOUSAINS,

CLAE-toulousains©Le_Pastèke

L’ACCUEIL PÉRISCOLAIRE DE NOS ENFANTS EST-IL ENCORE ACCUEILLANT ?

CET HIVER, CHOSE SUFFISAMMENT RARE POUR NE PAS PASSER INAPERÇUE, DES GRÈVES SUCCESSIVES ONT EU LIEU DANS LES CLAÉ TOULOUSAINS. S’EN EST ALORS SUIVIE UNE COMMUNICATION DE LA MAIRIE, VANTANT LA « QUALITÉ ÉDUCATIVE » ET « À LA POINTE » DE NOS CLAÉ. QU’EN EST-IL DONC ? NOUS SOMMES ALLÉS INTERROGER DEUX ACTEURS DU SECTEUR.

Les CLAÉ (Centres de Loisirs associés à l’École), gérés en direct par la mairie pour les maternelles et par des fédérations d’éducation populaire pour les écoles élémentaires, s’occupent de nos enfants dans toutes les écoles publiques de Toulouse, avant et après la classe, ainsi qu’à l’heure du déjeuner. Leurs financements sont municipaux et leurs tarifs adaptés aux revenus des parents.

UN PEU D’HISTOIRE

La création des accueils périscolaires, appelés à l’origine « garderies », est liée en partie au travail des femmes mais surtout aux craintes de laisser un enfant seul dans la rue après l’école. Dans les années 90, les garderies laissent place à des accueils périscolaires qui doivent avoir un projet éducatif et pédagogique, une équipe d’animation qualifiée et un taux d’encadrement minimum. L’idée était de remplacer les garderies par de l’éducation populaire où les enfants ne seraient plus juste surveillés et gardés, mais pourraient offrir aux familles un service public à moindre frais avec des activités culturelles, créatives et sportives. Dimitri, directeur d’un CLAÉ du centre-ville, nous raconte que Toulouse a fait partie des villes pionnières en la matière, Philippe Douste-Blazy y ayant introduit les CLAÉ il y a une vingtaine d’années.

REVENONS SUR LES FAITS

Les animatreurs·trices socioculturels des CLAÉ de la ville étaient en grève à l’automne 2021. Ils avaient expliqué, par le biais d’un mot dans le cahier des enfants, que leur taux d’encadrement déjà très juste allait prochainement être revu à la baisse. Ils alertaient les familles sur le danger que cela engendrerait pour leur métier et pour les enfants.

La réponse de la mairie adressée aux parents d’élèves concernés, mettait en avant « une offre éducative de qualité, un niveau de sécurité élevé et un accompagnement constant », tout en expliquant qu’« en application du décret de 2013 du gouvernement de François Hollande, elle fait évoluer le nombre d’animateurs dans ses CLAÉ ». L’évolution sera ici à la baisse, même si, à première lecture, cette communication laisse à penser le contraire.

EN QUELQUES CHIFFRES

Jusqu’à présent, le taux d’encadrement à Toulouse était d’1 animateur·trice pour 14 enfants en élémentaire et d’1 pour 12 en maternelle. À compter de janvier 2022 et progressivement jusqu’en septembre 2022, ce taux passera à 1 pour 18 enfants en élémentaire et 1 pour 14 en maternelle. D’après la loi, le ratio 1 pour 18 et 1 pour 14 est le seuil à ne pas dépasser, en aucun cas le ratio qui doit être formellement appliqué, comme le laisse supposer la communication de la mairie. En effet, la municipalité de Toulouse reste dans la légalité mais fait le choix politique d’adopter le seuil minimum au détriment d’un service public de qualité. Certaines villes de France, à l’inverse, Amiens ou Versailles pour ne citer qu’elles, ont un taux d’encadrement par enfant plus important. Certaines autres, comme Grenoble, ont fait évoluer le poste habituel des animateurs.trices permettant de compléter leur mission au-delà des quelques heures hebdomadaires d’usage.

TÉMOIGNAGES

Paul travaille dans un CLAÉ toulousain depuis onze ans, il nous explique que le nombre d’animateurs·trices revu à la baisse risque d’être dramatique pour la qualité du travail comme pour le bien-être des enfants et des salariés. « Avec un taux d’absentéisme conséquent et la crise COVID qui n’a rien arrangé, dans certains CLAÉ, nous sommes déjà souvent en dessous du seuil de sécurité. Alors si Toulouse applique le nouveau taux, nous n’aurons plus aucune marge de manœuvre, on va se retrouver encore plus régulièrement à 1 animateur pour 20 ou 22 enfants, ce qui n’est pas légal ! ».

Avec des contrats de 15h/semaine en moyenne coupés en deux à trois phases de travail dans une même journée (temps du matin, du midi et du soir) et payés au SMIC horaire, c’est un métier précaire difficilement conjugable avec un second travail. « Celles et ceux qui n’y arrivent pas doivent trouver des boulots pendant les vacances scolaires, le week-end ou la nuit ». Impossible également pour eux de vivre loin de leur établissement scolaire avec tous ces allers-retours journaliers. « C’est par ailleurs un métier physique et intense, pour lequel il faut être calme, patient, pédagogue, inventif ». Tout ceci explique aisément le taux d’absentéisme élevé et le fait que de moins en moins de personnes s’orientent vers ce métier.

Dimitri, lui, nous confirme la difficulté d’embaucher du personnel et de le garder : « j’ai souvent la moitié de mon équipe absente ». Il va même plus loin en s’inquiétant des profils de moins en moins adaptés au métier, avec toutefois l’obligation de les recruter malgré tout, faute de candidats. Côté formation, Paul nous explique que les diplômes professionnalisants menant à des postes de direction de CLAÉ sont onéreux et que le jeu n’en vaut pas forcément la chandelle : « Il faut savoir qu’un directeur ou une directrice de CLAÉ, malgré les responsabilités, gagne environ 1300€ mensuels ». On comprend, en effet, que peu aient envie d’y faire carrière ou de monter en compétence en passant des diplômes.

Paul comme Dimitri ont fait grève cet hiver, une grève qui aurait pu être plus massive sans la contrainte de perte de salaire et la culpabilité de mettre les enfants et les familles dans l’embarras. Mais les raisons étaient justifiées : « Les enfants ont besoin qu’on leur consacre du temps. Si la mairie enlève des postes, nous ne pourrons plus le faire, cela créera des frustrations pour eux et pour nous. Nous ferons de la surveillance, rien de plus ». Dimitri précise que cette grève a aussi été relativement suivie par les ATSEM (Agent Territorial Spécialisé des Écoles Maternelles) qui assistent les enseignant·e·s au quotidien et travaillent au plus près des enfants. « Leur métier s’est lui aussi fortement précarisé. À Toulouse cette année, ils passent à plus de 40h/semaine en conservant le même salaire très bas ».

Lorsque nous leur demandons s’ils pensent continuer ce métier, la réponse est oui pour Paul, qui est en train de passer un diplôme

financé par sa fédération en vue d’intégrer un poste de direction. Malgré les conditions qui se dégradent de jour en jour, c’est un métier qu’il aime encore trop pour songer à faire autre chose. Dimitri, quant à lui, veut arrêter, « j’ai choisi ce métier pensant faire de l’éducation populaire, avec un sens éducatif. Les CLAÉ devraient permettre aux enfants de décompresser du temps scolaire, d’apprendre différemment, surtout que certains enfants restent dans l’établissement scolaire une dizaine d’heures par jour (8h-18h), y compris le mercredi ». Dimitri, comme Paul, pensent qu’ils ne peuvent plus faire correctement le métier qu’ils ont choisi, faute de moyens et de volonté politique.

Dimitri est à l’initiative de la page Facebook TOULOUSE ANIMATION EN LUTTE, collectif qui a entraîné d’autres villes françaises dans son sillage. Il est un syndicaliste très actif mais regrette que peu de personnes le soient dans les métiers de l’animation. Il regrette également le manque de dialogue entre le corps syndical et l’institution, à l’image des “assises de l’animation” tenues cet hiver au niveau national par le secrétariat d’état chargé de la jeunesse et des sports auxquelles les syndicats de l’animation n’ont même pas été conviés. « Nous les avons surnommées les siestes de l’animation, ce n’est malheureusement que de la communication et de l’entre soi ». Quant aux raisons qui ont conduit la mairie à changer le taux d’encadrement des CLAÉ, Dimitri avance « a priori un moyen pour la mairie de faire des économies », déplorant que les financements de l’animation puissent être mis en concurrence avec le financement de grands travaux, comme le métro.

Pour compléter notre enquête, nous avons interrogé une élève de CM2 et lui avons demandé de nous parler du CLAÉ qu’elle fréquente.
« Ce que j’aime au CLAÉ, c’est faire du sport. Quand je ne peux pas faire de sport, je découvre des activités manuelles par exemple ou du théâtre. L’année dernière certains ont fait une radio avec des émissions enregistrées, c’était génial ! Je suis contente d’aller au CLAÉ parce qu’on peut parler, s’amuser, on est libres et on apprend plein de choses, il y a des règles mais moins strictes qu’en classe. Mais maintenant, il y a plein d’ateliers qui n’existent plus et du coup, j’ai moins envie d’y aller. On est souvent obligés d’aller à la bibliothèque et de prendre un livre, mais ça je le fais déjà chez moi. Heureusement l’année prochaine je serai au collège ».

Nous qui connaissions peu le sujet avant d’écrire cet article, cela nous donne l’impression d’un retour en arrière, retour à l’époque où les CLAÉ s’appelaient des garderies et n’avaient d’ailleurs que cette ambition. Et si « le bien grandir à Toulouse » et « le quotidien facile » dont la mairie nous parle sans arrêt dans sa communication 2022 passait aussi par des CLAE dignes de ce nom et dignes tout court ?

POUR ALLER PLUS LOIN

◊ Le collectif « Les parents Unanim » sur facebook, qui se bat pour un accueil périscolaire de qualité
◊ La page facebook de «Toulouse animation en lutte »

Sources : Legifrance, le journal de l’animation, Wikipédia et nos trois gentils interviewés, merci à eux.

Illustrations 1 : photo prise devant un CLAÉ toulousain, mai 2022 ©LePastèke
Illustration 2 : tract d’appel à mobilisation, Toulouse animation en lutte, décembre 2021

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